Le pont de Rosso : le « Pont des chems Darmancours ».

0
111

Une polémique a alimenté, ces dernières semaines, un débat sur les réseaux sociaux quant à la personnalité historique la plus indiquée pour donner son nom au pont de Rosso reliant la Mauritanie au Sénégal et dont les travaux de constructions devraient débuter prochainement.
J’ai suivi avec intérêt ce qui s’est dit à ce propos et, pour dire vrai, toutes les propositions suggérées ne manquent pas de pertinence. Et il n’y aurait aucune gêne pour qui choisirait de coller l’un de ces noms prestigieux au pont de Rosso, eu égard au rôle religieux, politique ou social joué par ces personnalités dans le raffermissement des relations de fraternité et de bon voisinage entre les populations des deux rives.
C’est le cas notamment de l’Emir du Trarza Mohamed Lehbib Ould Amar Ould El Moctar, de la princesse Djimbett M’Bodj, de Lemrabott Hamdi Ould Taleb Ejoued, ou encore de Cheikh Saadbouh Ould Cheikh Mohamed Vadhel Ould Maminne.
A mon tour, j’ai décidé d’exprimer modestement mon avis à ce sujet, en proposant pour la future infrastructure fluviale le nom « Pont des chems Darmancours ».
« Darmancours » ou « Darmancou » est le nom donné sur la rive gauche du fleuve aux composantes et alliés de la tribu « Idewelhaj », fondatrice de la cité de Ouadane dans le nord de la Mauritanie, au
6ème siècle de l’Hégire, et qui s’est répandue, à partir de cette ville, dans plusieurs régions de la Mauritanie, du Sud vers l’Est, et dont une partie s’est installée au Mali et plus durablement au Sénégal à partir du 10ème siècle de l’Hégire.
Au Sénégal, les descendants de cette tribu portent, jusqu’à nos jours, les patronymes de
« Sougoufara », « N’diakhompe », « N’goumbella», « Sadi », « Amar ». Ils sont regroupés sous le nom de Darmancours qui signifie « union » ou « les confédérés », selon des ancêtres citant des généalogistes autochtones. Citons parmi les villages et quartiers « Idewelhaj » du
Sénégal : Nkéliman, Inghalil, mbakhiss, gadafé, diemoul , N’goumbella, N’diakhompe, wadane. Et parmi les villages qui portent des noms de descendants « hadji »: Touré, Tandina, sabara, Sadi.
Et comme preuve de leur présence lointaine au Sénégal, Moctar Mbaye El haji (sougoufara) est le fondateur du village de Gadde-Nyandoul au Cayor, au 16eme siècle durant le règne du sultan Amri Ngor (1549-1593), selon les écrits de Gaden confirmés par ceux de Webb. Tout comme Baba Djakhompe El haji a été le conseiller islamique du dernier souverain (Damel) du Cayor et fut, un temps, cadi à Tivaoune.
Ainsi, l’islam fut répandu par les hommes de cette collectivité à travers le Sénégal, la Gambie, la Guinée Bissau et le Mali, devenant de fait la première religion dans ces différents pays.
Leur principal centre de concentration au Sénégal (Ouadane Jambour) est le seul à avoir été incendié à deux reprises (1856 et 1858) par le général Faidherbe pour avoir soutenu la révolution du moujahid M. Bah contre l’occupation française. En guise de représailles, l’abandon momentané par la France des échanges commerciaux via les comptoirs sous leur autorité, sur la rive droite où se déroulait une grande partie de cette activité.
A ce sujet, on peut se référer à la lettre adressée par certains intellectuels sénégalais au maire de Saint-Louis, le mettant en garde contre toute volonté de remise en l’état de la statue de Faidherbe après son déboulonnage, citant ses crimes commis durant son passage au Sénégal.
Les communautés Darmancours ont également agi énergiquement, selon les moyens dont elles disposaient, afin de contrarier les informateurs et infiltrés français, les empêchant de passer par leurs terroirs ou d’entrer en contact avec les habitants, sous quelque prétexte que ce soit, comme en témoigne l’attitude de Echems Moctar II à l’endroit de René Caillé.
Pour ces raisons, je considère que parmi les noms proposés au pont reliant les deux rives du fleuve Sénégal, celui de Darmancours ne serait pas inapproprié, vu le rôle historique incommensurable joué par cette communauté dans la consolidation et la préservation des bonnes relations entre les deux peuples mauritanien et sénégalais sur les plans culturel, économique, social et politique. Cette communauté fut la première à construire des quais et des comptoirs commerciaux au 15ème siècle, et la première à ouvrir des mahadras dans des villages du Sénégal.

(traduit de l’arabe)

Par : Zeineb Cheikh Ahmed Chems

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici